didier mignot 1

Chaque année nous nous retrouvons pour le vote du budget de notre commune et chaque année nous nous disons à peu près la même chose.

Comme toujours dans un budget communal, il y a des actions qui sont positives, des dépenses utiles, inhérentes à la vie d’une commune dans une multitude de domaines et qui au gré des années s’avèrent nécessaires. Toutes les collectivités, quelles que soient leurs orientations politiques, sont confrontées à cette salutaire obligation de répondre à des exigences incontournables liées à leurs compétences légales où qu’elles se sont elles mêmes données.

C’est le cas encore cette année sur un certain nombre de travaux à effectuer, de subventions à attribuer, etc. On peut toujours se dire, nous n’aurions peut-être pas fait tel ou tel choix, dans tel ou tel ordre, mais très souvent des contraintes, des aspects techniques que nous ne connaissons pas ont prévalu à un choix plutôt qu’un autre qu’il aurait de toutes façons fallu faire. Rien à dire de particulier à dire de ce côté là. C’est la vie normale d’une collectivité.

Cette année, nous ne disposons pas de la totalité des éléments pour porter une appréciation complète de votre politique budgétaire puisque celle-ci s’apprécie toujours mieux en comparaison de la réalité de l’exécution du budget précédent et que nous ne disposons pas cette année, contrairement aux années précédentes, du compte administratif 2021, ni des restes à réaliser et de leurs affectations.

C’est particulièrement important vous concernant puisque nous constations chaque année un fort différentiel entre les annonces budgétaires faites lors du vote du budget primitif et la réalité de l’exécution de ce même budget, singulièrement en investissement. En clair, il y avait les effets d’annonce dans le budget primitif et il y avait la réalité, nettement moins mirifique que votre communication dans le compte administratif

Cette année, cette comparaison n’est donc pas possible nous le regrettons, mais nous entendons aussi les problèmes informatiques auxquels la ville est confrontée. Nous aurons sans doute des commentaires à faire lors du vote du compte administratif 2021.

Comme tous les ans, nous déplorons également le manque de débat avec les blanc-mesnilois dans la préparation budgétaire. C’est un moment important dans une ville dont on peut se saisir pour faire valoir des choix, les mettre en débat, les évaluer, écouter les remarques, les critiques, les propositions que peuvent faire les habitants. Solliciter, intéresser les citoyens à la chose publique est aussi un moyen de faire reculer l’abstention qui fait tant de mal à notre démocratie.

Vous vous refusez à faire ce choix du débat public, tout comme vous vous opposez à la retransmission via internet de nos conseils municipaux, comme cela se fait dans d’autres villes, que nous vous demandons depuis plusieurs années.

C’est dommage, d’autant plus quand on constate que M. Meignen, se lance maintenant dans des podcast, avec les moyens municipaux, on ne sait d’ailleurs pas à quel titre il le fait, et ce serait intéressant de le savoir.

Notre société, menacée par la montée d’idéologies fascistes, a pourtant bien plus besoin de confrontations, de débats publics, de démocratie que d’opérations de promotion personnelle telle que vous le faite.

Alors ce budget est marqué, et on peut le comprendre, du sceau de la prudence.

Prudence au regard des incertitudes qui pèsent sur l’avenir de nos institutions, je pense bien sûr particulièrement à la métropole du Grand Paris, et incertitudes également sur la pérennisation des compensations financières de l’État qui, d’année en année, porte atteinte à la libre administration des communes que ce soit par le pacte de Cahors, la suppression de la taxe d’habitation et autres mesures qui de plus en plus s’apparentent à une sorte de chantage exercé sur les collectivités par l’État pour bien les faire se plier aux politiques ultralibérales nationales, européennes et mondiales.

Des politiques que vous partagez, malgré parfois les larmes de crocodiles versées localement par les libéraux de tous poils, des Macronistes à l’extrême droite, et dont votre majorité est une bonne illustration.

Un budget qui reste également marqué par la situation économique liée à la pandémie ce qui évidemment rend les choses plus compliquées, et auxquelles il va falloir malheureusement ajouter les conséquences de la guerre en Ukraine, je pense, entre autre, au prix de l’énergie.

Nous adressons évidemment notre solidarité au peuple ukrainien et aux pacifistes russes.

Nous sommes dans une discussion budgétaire et donc j’évoque là les seules conséquences économiques en France, mais bien sûr le drame vécu par le peuple ukrainien ne s’arrête pas, loin s’en faut, aux seules considérations économiques, mais d’abord et avant tout aux conséquences humaines, à ces milliers de morts, de blessés, ces millions de réfugiés, qui nous rappellent aussi les autres millions de réfugiés, dans de nombreux endroits du monde qui fuient les guerres et les conflits armés, et bientôt les désastres du dérèglement climatique.

Nous continuons donc de dire et de demander que notre ville prenne sa part de solidarité et d’humanité et accueille des réfugiés de tous les endroits du monde où des gens, quelles que soient leurs origines, sont contraints à l’exil.

Un budget qui revient dans des étiages antérieurs puisqu’il passe des 182 millions de l’an dernier à 142 millions cette année.

Un budget que nous allons qualifier d’austérité municipale qui voit les moyens des services publics encore diminuer avec des dépenses de personnel identiques à celles de l’an dernier alors que le Glissement Vieillesse Technicité lui doit bien exister, tout comme l’inflation.

L’annonce électoraliste de Macron sur l’augmentation du point d’indice, gelé depuis 12 ans, si elle peut constituer une bonne nouvelle pour les agents, en fonction du pourcentage encore inconnu de cette augmentation, va avoir un effet sur nos finances et nous devons mener bataille pour obtenir les moyens supplémentaires pour assurer cette augmentation, autrement que par la baisse des effectifs et des privatisation de services.

Il est par ailleurs symptomatique que dans ce chapitre des dépenses de personnel, vous évoquiez le quotidien des Blanc-Mesnilois au travers des missions des services publics locaux pour ce même quotidien, sans citer les actions de solidarité en direction des publics les plus fragiles, comme si ces dernières ne faisaient pas partie des missions des services municipaux.

Là encore, dans notre ville, le chômage, la précarité, les expulsions locatives, la pauvreté qui progresse bien sûr chez les plus pauvres mais aussi dans des catégories nouvelles de population, singulièrement les jeunes et les personnes âgées, les violences intrafamiliales particulièrement les violences faites aux femmes, les difficultés du monde associatif, toutes ces situations qui sont aggravées davantage par la crise Covid, toutes ces situations ne trouvent pas leur place dans vos choix budgétaires.

Bien sûr il ne s’agit pas pour la ville de régler toutes ces situations, mais on le sait, les services publics servent d’amortisseurs aux conséquences sociales des crises.

Nous vous avions proposé de réorienter les budgets du CCAS non consommés, les dépenses non faites du fait de la non tenue d’initiatives à cause de la pandémie, vers des actions concrètes de solidarité, notamment sur le prix des cantines, l’aide aux licences dans les clubs sportifs, entre autres, pour que les familles en grande difficulté puissent continuer à vivre leur ville bon an mal an. Vous avez refusé de donner suite à nos propositions.

Des gens souffrent dans notre ville, des familles manquent de tout, je pèse mes mots, des enfants ne mangent pas à leur faim, et si nous saluons la distribution de paniers repas par la ville, nous disons aussi qu’il faut aider davantage toutes les associations qui se démènent pour venir en aide aux plus démunis et permettre à ce qu’il reste de nos services sociaux d’accompagner au mieux les personnes en détresse.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Il y a par contre des dépenses où vous êtes moins regardant et plus communicant. La sécurité notamment, avec un million supplémentaire pour la vidéo protection.

Vous communiquez beaucoup sur ce sujet de la sécurité, sans dire que la baisse de la délinquance est un phénomène constaté, et c’est tant mieux, dans tout le pays, et pas seulement au Blanc-Mesnil,

- sans dire qu’une vague de cambriolages a lieu depuis quelques semaines dans le centre ville,

- sans dire que souvent, l’accalmie de la petite délinquance dans un endroit masque malheureusement des trafics plus importants,

- sans dire que les nouveaux occupants du domaine des armoiries sont en proie à des points de deal et à leurs nuisances au point que déjà certains d’entre eux cherchent à partir, à peine arrivés.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, ce n’est pas l’humilité qui vous étouffe.

De même pour le recours aux prestations par des entreprises privés. Chaque année, c’est aux alentours de 5 millions qui sont dépensés sur ce poste pour des services dont une bonne part des activités pourrait se faire en régie municipale.

Des entreprises à qui il arrive de bafouer les droits des salariés, de les payer à coups de lance-pierre, comme cela a été le cas pour les salariés du balayage mécanique de nos rues. Maintenant, c’est la privatisation du SIVURESC qui est mise sur les rails. Ce n’est vraiment pas une bonne chose.

Le Golf, son club house qui ont coûté très cher, vont l’être également, quant à l’académie des sports, nous attendons de voir à terme qui va réellement gérer cet équipement dont on a quand même un peu de mal à voir le contenu précis.

L’énergie, les transports, les autoroutes, les banques, des pans entiers de services publics ont été privatisés en France. On voit ce que ça donne, avec des promesses qui passent « du mieux et moins cher » à la réalité finale qui est « du moins bien et plus cher ».

Tous les Français en font l’expérience aujourd’hui, les privatisations ce n’est pas bon.

Lors du débat d’orientation budgétaire, nous avons déjà abordé la taille critique des nouvelles écoles de la ville que vous êtes contraints de construire pour faire face à votre frénésie immobilière. Cela fait maintenant deux ans que vous nous avez dit vouloir lever le pied en matière de constructions d’immeubles.

Et pourtant, ça continue, au mépris du patrimoine foncier et écologique de la commune.

Avec des constructions d’appartements en accession à la propriété inaccessibles pour la majorité des familles du Blanc-Mesnil.

Cette année encore vous vendez pour 6,5 millions des terrains communaux.

Jusqu’où voulez vous aller en nombre d’habitants dans notre ville ?

Comment allez vous gérer cette démographie galopante et ses conséquences ?

La manière dont vous avez traité la délicate question du stationnement et ce qu’en pense le tribunal, devrait, sur ce sujet comme tous les autres, vous inciter à concerter davantage, et quoi qu’il en soit, avec les problèmes qu’elle pose, à réellement lever le pied sur la densification urbaine.

Nous continuons de penser que la construction d’un nouvel espace culturel sur les terrains du deuxpièces cuisine manque d’ambition pour l’enseignement de la musique et de la danse.

Que va devenir réellement la salle de spectacle du 2PC ? Va-t-elle entrer dans le giron du tourneur qui fait la programmation du théâtre et à qui nous versons chaque année une subvention de 1,2 million d’€ ?

Quant au BMS Judo, les juges vous ont donné tort à deux reprises. Le minimum serai de revenir à un traitement apaisé de la situation en permettant à ce club de développer ses activités dans des conditions normales en réévaluant sensiblement sa subvention et en menant un travail de fond pour la création d’un grand club de judo par la formation des jeunes de notre ville.

Ne nous privons pas des grandes compétences qui existent dans les deux clubs. Suite aux injonctions des tribunaux, le BMS Judo vous a fait des propositions d’attribution de créneaux, nous pensons qu’il faut enfin que vous les écoutiez.

Mais l’écoute c’est vrai, n’est pas votre fort. Pourtant les Blanc-Mesnilois aurait à gagner dans la mise en place de budgets participatifs. Nous vous proposons, au moins, de tenter l’expérience comme cela se fait de plus en plus dans d’autres communes.

Voilà quelques observations sur ce budget, qui est un budget d’austérité municipale, de non prise en compte des difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses familles de notre ville, un budget qui affaiblit encore davantage le service public et donc un budget contre lequel nous allons voter.

Je vous remercie de votre attention.