justice

 

On les entend déjà crier, hurler à l’acharnement judiciaire, aux méthodes indignes du Parquet National Financier, aux juges rouges, à l’effondrement du système et patati et patata. Et pourtant, les faits sont graves et reconnus comme tels par le Tribunal Correctionnel de Paris qui condamne donc Nicolas Sarkozy à 3 ans de prisons dont 2 avec sursis, pour corruption et trafic d’influence. On se souvient qu’en 2014, Sarkozy avait ouvert une ligne téléphonique sous le nom de Paul Bismuth afin de discuter avec son avocat Thierry Herzog dans le cadre de l’affaire Bettancourt. Des conversations retranscrites ont mis en lumière un “ pacte de corruption”, mettant en scène un 3ème personnage, l’avocat général Gilbert Azibert, conversations visant à obtenir des informations, couvertes par le secret de l’instruction, pour un éventuel pourvoi en cassation, en échange de l’appui de Nicolas Sarkozy a Azibert pour obtenir un poste prestigieux à Monaco. Le tribunal va moins loin que les réquisitions du Parquet, qui avait demandé 4 ans de prison. 

Néanmoins, il a estimé que ce pacte portait atteinte à la conscience publique, et représentait un dévoiement, exigeant une réponse pénale ferme, selon la Présidente du tribunal, Christine Mee. 

La décision à peine connue, le grand orchestre des Républicains s’est mis à entonner la symphonie du martyr Sarkozy, victime de ces affreux juges gauchistes (et pourquoi pas islamo) en oubliant un peu vite que c’est bien un président socialiste, François Hollande, qui a appuyé, en 2013, la création de ce parquet à l’occasion de la traumatique affaire Cahuzac. Non, Nicolas Sarkozy n’est pas victime des juges mais seulement de lui-même. Au-delà des différentes affaires, notamment celle à venir le 17 Mars, l’affaire Bygmalion, portant sur le financement de sa campagne présidentielle de 2012, il est d’abord le pur produit d’un système politique dans lequel on peut toujours trouver des “arrangements” et fermer les yeux, encourager ou menacer discrètement tel magistrat, un système d’entre soi, où l’on sait fermer les yeux sur les petits ou les grands manquements. Il s’agit peut-être du procès de la fin d’une époque car, même si des murs à droite et à l’extrême droite s’élèvent contre la supposée dictature de la transparence, le sens de l’histoire dit tout autre chose : les citoyens veulent cette transparence, la réclame au nom de la justice et de l’égalité. En finir avec « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». N’en déplaise aux amis de Sarkozy et à tous ceux, qui, opportunément, tapent sur cette décision pour taper sur l’ensemble du système dans un grand machin qui va de l’insécurité à l’islamogauchisme en passant par l’écriture inclusive.

L’ancien chef de l’État est aujourd’hui le symptôme d’une classe politique qui doit impérativement se revitaliser, accepter les règles communes sans passe m/droit ni influence occultes, pour en terminer avec la défiance et les maladies qui l’accompagnent en cohortes : abstention, pessimisme, révoltes et vote de colère. Mais on comprend aussi que toute la droite monte au créneau. Nicolas Sarkozy reste la statue du Commandeur, l’homme le plus aimé dans son camp. Pas suffisamment pour être à nouveau élu mais suffisamment pour être faiseur de Roi et conseiller très spécial de l’actuel Président. Il est donc urgent de le défendre coûte que coûte car il est essentiel à une stratégie de reconquête du pouvoir pour Les Républicains. 

Bien sûr, il va faire appel de cette décision et travailler la martyrologie sur tous les tons et tous les fronts. Mais cette condamnation, la deuxième d’un chef de l’état après celle Jacques Chirac, ressemble aujourd’hui à un obstacle politique difficilement franchissable, si d’aventure, il se voyait en recours pour 2022.