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Pourquoi il faut voter Benoit Hamon

Après avoir scruté pendant 3 mois quotidiennement la campagne, en tant que simple citoyenne, j’essaie de proposer quelques arguments pour inviter les électeurs de Benoit Hamon (et au delà sociaux démocrates écologistes et européens) à ne surtout pas se démobiliser

La chose était trop belle… obligée de voter utile depuis trop longtemps voilà enfin une voix à gauche qui semble renouveler profondément la social-démocratie par l’écologie et dans le destin européen de la France…et on nous assène à longueur de temps qu’elle a disparu, mais elle m’a ramenée, moi et des milliers d’autres de gauche (déçus du PS et insensibles au « insoumis ») vers l’action politique. J’observe avec attention depuis lors cette élection et la campagne de Benoit Hamon, avec un certain effarement. Non pas qu'il y ait à lui reprocher quoique ce soit, elle a été  honnête de bout en bout. On peut chercher les responsabilités à tout va : certes des erreurs tactiques, l’arrogance peut-être de la garde rapprochée du candidat (mais quand on voit le documentaire"La méthode Hamon 2012. Chronique d'une victoire annoncée"., on se rend compte que la déloyauté semblait inconcevable à celui qui s’était démené sans compter pour faire gagner Hollande en 2012, candidat élu par une primaire dont il ose aujourd'hui critiquer le processus, quel cynisme), une campagne bien trop courte là où d’autres sont en place et labourent le terrain depuis plus d’un an, la paresse intellectuelle des journalistes malgré tout trouvant leur récit très rapidement mi février avec un « story telling » « Hamon cherche un nouveau souffle », « Hamon peine à décoller » etc. , et surtout surtout l’écœurant chausse trappe orchestré par une partie du PS et les amis de M. Valls, distillé à dessein pour saboter et rendre inaudible chaque belle embellie du candidat (meeting de Bercy, voyage en Allemagne etc.) - ici on rappellera que Valls a été démocratiquement et nettement désavoué à la primaire de 2011 (5%) et largement en 2017- , enfin les ambiguïtés de leur premier secrétaire, mais aussi sur le terrain la réticence et l'impréparation des relais locaux qui ont pris un mois de retard à se mobiliser, souvent mollement, comme j’ai pu le constater; et sans doute est-il aussi victime du cadre de la Ve république (rencontre du peuple et d’un élu), voir le billet de Frédéric Says, https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/benoit-hamon-est-il-fait-pour-la-veme-republique, alors qu'il propose un tout autre rapport à la parole politique. C'était mission impossible.

Pour autant Benoit Hamon est vrai type de gauche mais aussi un social démocrate raisonnable et sérieux qui ouvre des perspectives profondément stimulantes pour l’avenir avec beaucoup de pragmatisme en prônant, la concertation, la discussion, la négociation. Il n’y a aucun dogmatisme, semble-t-il, mais une volonté de transformer en profondeur avec  bienveillance et en tenant compte de la complexité des situations. Pourquoi les sociaux-démocrates classiques semblent  y être aveugles à ce point (et beaucoup voter pour Macron qui prolonge ce qu'ils ont abhorré pendant le quinquennat, c'est un non sens)… Le chemin qu’il propose n’a donc rien à voir avec le libéral social Macron (certes pleins de commisérations pour les pauvres…). Plus étonnant encore ce jeu de vase communiquant spectaculaire autour de Mélanchon. Porté depuis longtemps par l’énergie (et la saturation très organisée sur les réseaux sociaux)  de ses militants, on ne saurait nier la constitution d’une dynamique collective. Leur ligne est respectable. Mais alors qu’une partie de l’électorat d’Hamon semble sincèrement atteint mélanchonite aigue d'une manière irrationnelle, beaucoup semblent se décider de manière tactique, porté par le vent de la prophétie auto-réalisatrice des sondages et d’un nouveau récit martelé quotidiennement: alors qu’on veut faire accroire que Mélanchon pourrait gagner, déserter la seule voie raisonnable et constructive pour gauche semble insensé alors qu’il faut au contraire donner toutes ses forces à la reconstruction d’une nouvelle voie bien à gauche, progressiste, européenne et écologique. Simple électrice de la primaire (et pour Jadot à l'origine) j’ai porté haut et fort le choix Hamon, je ne me retrouve pas du tout dans celui de Mélanchon, et ne me résigne pas. Je suis effrayé de constater  autour de moi des gens qui aimeraient bien voter pour Hamon mais s’auto-censurent et se disent que cela ne sert plus à rien: ca ne dépend que de nous.

Alors sous le prétexte de faire gagner la gauche (et punir les caciques du PS), interrogeons nous au moment de mettre un bulletin dans l’urne, Mélanchon, est-ce vraiment "la gauche" que nous voulons ? Benoit Hamon propose aussi un cap vers l’idéal tout en sachant rompre avec cette immaturité émotionnelle de la vision du « grand soir » (enfin, ca fait du bien)... leurs programmes sont loin d’être compatibles en de nombreux points (je ne développerai pas pour ne pas sombrer dans la caricature, la distance que l’on peut avoir avec la culture insurrectionnelle, les accolades à Chavez et apologie de Castro…), personnellement je n’adhère simplement pas à de nombreux points du programme (à la planification à outrance, l’abrogation de la loi sur les collectivités locales (décentralisation), celle des rythmes scolaires, le service civique obligatoire,  32 heures de références, ni même à l’abrogation du Condordat ou la suppression du financement aux écoles privées… tant d’exemples pris parmi d’autres )… le diable se niche dans les détails. Au delà de certaines  convergences,  le "dosage" du remède, la différence de degré a son importance, elle est même cruciale :  à haute dose, le remède peut tuer le patient plutôt que le guérir. Mais c’est sans parler du désaccord majeur sur la politique étrangère et sur l'Europe. Alors demander à Benoit Hamon de se retirer, à ne pas faire "obstacle" est  indécent, tant que la construction d’un accord de fond (comme Benoit Hamon l’a fait avec Yannick Jadot) n’est pas établit et n'accorde ces positions antinomique  sur l’Europe et sur la position souverainiste, - avec laquelle il faudrait en finir clairement (ce qui  m’a dissuadé de voter pour Montebourg). Bref, ce n'est pas "ma" gauche, et ce n'est pas intercheangable.

Lors du premier débat ce n’est pas tant Benoit Hamon qui est sorti perdant, que le sérieux sur les dossiers en général qu’il était le seul à maitriser, et sur la politique étrangère en particulier ; tous les candidats étaient franchement inquiétants, sauf Hamon qui fut le seul a esquisser une politique étrangère claire et cohérente. Alors que nous dit le petit père peuple, pardon, « des gens », sur l’Europe ? Il y a moults textes argumentés (y compris sur ces blogs), des analyses fines pour expliquer que, non Mélanchon n'est pas du tout euro-septique mais UE septique, qu'il veut la coopération européenne (sur une base bien souverainiste quand même) et la paix dans le monde (ah c'est beau, qui ne la veut pas?). Certes. mais le chemin qu'il prend est inquiétant. Ecoutons ce qu'il dit dans une émission populaire (ONPC) il y a quelques jours où forcément il simplifie son propos, mais tout de même cela en dit long : moi, avec « avec le caractère qu’on me connaît » vous allez voir ce que vous allez voir, les traités ca se négocie pays par pays etc etc. Dis comme cela, avec son ton bonhomme de briscard de la politique, c’est amusant, cela plait, mais comment ne pas voir l’indigence de son argumentaire en l'état et l' espèce de dénie de l’intelligence citoyenne ? Et ce sur deux points: premièrement sur la forme en appeler à se reposer sur son seul caractère, c’est un peu court, surtout quand on s’indigne d’une monarchie présidentielle mais qu’on en épouse tous les attributs, et c’est pour le moins paradoxal et  très révélateur du rapport qu’il instaure entre lui et le peuple (plus que des « concitoyens » en l’occurrence) …Deuxièmement songer à renégocier les traités européens avec les 27 autres pays est totalement irréaliste, et c’est de fait le chemin vers la sortie. Il faut le dire clairement. 

En face qu’avons nous sur l'Europe ? Benoit Hamon a construit des solutions, une approche solide et étayé une base de discussion. Elle paraît modeste, elle est ambitieuse : construire une démocratisation de la zone euros en s’appuyant en même temps sur les besoins convergents des pays à engager d’urgence la transition énergétique et l’Europe de la défense. Il a reçu l’appui des sociaux démocrates allemands, belges, italiens, portugais et du groupe socialiste au parlement européen. Les choses sont en train de bouger d’ors et déjà. C'est du concret et c'est possible. D'autant que, le beau programme de transition énergétique de Mélanchon est simplement infaisable s’il n’est construit dans le cadre européen, et Jose Bové (un irréductible s’il en est!) l’a encore redit récemment lors d’un meeting à Montpellier, avec nombre d’écologistes.

Le pari de la crédibilité là reposerait donc essentiellement sur le caratère du bonhomme. Sur ce point, celui de l'art et la manière, l'efficacité n'est pas toujours là où l'on croit. Oui, Mélanchon a été un  bon ministre délégué...du temps où il était socialiste. Hamon aussi a été un très bon ministre délégué (et a fait voter une excellente loi). On peut se convaincre de sa "manière" de faire en le regardant par exemple s'adresser aux maires de France: bousculé sur la réforme des rythmes scolaires (bonne réforme que Mélanchon veut supprimer), répondant avec humour et au final très ferme sur sa position, il parvient à se faire applaudir des édiles. https://www.youtube.com/watch?v=VySCoQpUoXY

Ben oui, la méthode Hamon c'est le dialogue, constructif, respectueux, calme et très volontaire. Ca ne vaut pas argument, le caractère, mais si cela devait entrer en ligne de compte, entre les deux, là encore sur le fond et la forme, la gauche qu'incarne Hamon me semble en tout point plus solide et réaliste. Elire Mélanchon il faut juste le savoir et ouvrir les yeux, ce ne serait franchement pas de tout repos, et même un sacré bazar: constituante et le début de bras de fer sans fin avec les voisins..bref, on peut s'enthouiasmer pour cela, très bien. Mais honnêtement combien d'électeurs de gauche non radicaux, ceux qui d'un seul coup déserte le vote Hamon avec l'idée d'un vote "utile" à gauche,  sous le coup des récits et sondages martelés, ou d'autres, indécis, qui de bonne foi se disent que après tout ca reviendrait au même,  sont-ils vraiment prêts, au pretexte de faire passer "la" gauche, aux conséquences multiples que cela impliquent, et à la très probable sortie de l'UE (sans parler des accomodements avec Poutine). Regardez-y  bien à deux fois.

 

 

 

Pourquoi abdiquer et cesser de défendre, et ce avant même l'issu du scrutin, les perspectives que Benoit Hamon a su faire émerger et mettre au cœur du débat public, et que nous avons été des milliers à soutenir (et de fait donner raison à tous ceux  qui au PS ont saboté sa campagne, et aux populistes de tout bord). Son programme est le seul à  gauche à proposer  un projet innovant, solide et réaliste, en faisant l’analyse juste des transitions du travail (Mélanchon sur ce point est resté sur un vieux logiciel), de l’écologie (à peine evoquée par Macron), en apportant des solutions concrètes et constructives pour une transformation profonde mais graduelle de la démocratisation en France et en Europe, en prônant, c’est un point crucial, tant dans les actes que dans l’attitude, une gouvernance plus horizontale. Il est plus que necessaire de lui donner toute la force possible. Il ne faut pas s'en laisser compter et rester mobilisé. 

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