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FOLIO DU BLANC-MESNIL
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21 juin 2015

Hommage à Roger Brazzini résistant, communiste, par Didier Mignot le 5 juin 2014

Brazzini

Hommage à Roger Brazzini – 05 juin 2015
« Chère Simone,
Chers Jean-Pierre et Josiane, chère Yvette,
Mesdames et messieurs les membres de la famille,
Chers camarades, chers amis,


Mesdames et messieurs,


Je veux d’emblée, chère Simone, à toi, à vos enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants, aux frères et soeur de Roger, vous dire, au nom des communistes, mais bien au-delà – au nom de toutes celles et ceux qui ont connus Roger - toute notre tristesse, notre affection et vous exprimer notre plus chaleureuse et fraternelle solidarité dans ce moment si pénible et si douloureux.


C’est un grand Monsieur qui vient de nous quitter. Résumer en quelques minutes ce que fut la vie de Roger relève de l’impossible, même si pour lui, il faut croire que rien n’était impossible.


Raconter Roger c’est un peu écrire une chronique du 20ème siècle.


Roger est né à Paris, comme un symbole en octobre 1917, de parents italiens originaires d’un petit village de Toscane, près de Florence. Son père était déjà un militant antifasciste, lecteur de « l’Humanité » et de la « Vie Ouvrière ».
Sa famille s’est ensuite installée à Pierrefitte et y a vécu dans les conditions difficiles des ouvriers de l’époque. Une enfance néanmoins rendue heureuse par l’amour de ses parents, entouré de ses frères et soeur. Certificat d’étude en poche en 1929, il obtient par l’apprentissage, son C.A.P. de robinetterie puis celui de tourneur mécanicien.


Nous sommes alors en 1933 / 1934. Dans un contexte de crise économique, la montée du fascisme en France et en Europe, les contre manifestations ouvrières après le 6 février 34, les élections municipales de 1935 qui voient la victoire de nombreuses listes d’union ouvrière, vont contribuer à forger l’engagement du jeune Roger Brazzini.


Jeune ouvrier, Roger est au coeur de l’aventure du Front populaire. Il adhère à la CGT et « naturellement », comme il le dit, il donne son adhésion au Parti Communiste Français en 1936.


Cet engagement, il ne l’a quitté que dimanche soir dernier.


Roger m’en voudrait de ne pas rappeler à qui et à quoi nous devons les 40 heures, les hausses de salaires, les congés payés, les délégués ouvriers alors que d’autres dans ce pays commençaient à dire : « plutôt Hitler que le Front populaire ».
Il prend rapidement des responsabilités politiques au sein de la jeunesse communiste dans la région parisienne.
En 1939, les députés communistes sont arrêtés, les autres élus communistes déchus de leurs mandats, leurs municipalités dissoutes, le Parti et ses journaux interdits.


Commence alors pour Roger et ses camarades, la longue nuit de la Résistance. En mars 1940, il est arrêté avec de nombreux autres jeunes communistes de la banlieue nord de Paris, dont Suzanne Mairesse, autre figure de notre ville. Après un interrogatoire « musclé », Roger est emprisonné à la prison de la santé. En prison il décide d’étudier et demande des livres scolaires. C’est en cellule qu’il lira le « discours de la méthode » de Descartes.


Il s’évadera au cours d’un transfert.


Après bien des aventures, il retourne à Pierrefitte et reprend contact avec ses camarades et sa famille. Il apprend qu’il est condamné à la prison par contumace et déchu de la nationalité française.


Roger est entré désormais dans une stricte clandestinité qui durera jusqu’aux combats de la libération. Il serait vain d’essayer de tout dire de cette période.


La résistance l’envoie en aquitaine, en Vendée, en Poitou-Charentes, pour organiser les réseaux, participer aux sabotages et aux combats. Plusieurs fois, il échappe de justesse à l’arrestation, synonyme de tortures et d’exécution, plusieurs fois aussi, il frôle la mort directe et entend les balles sifflées au-dessus de sa tête. Il est condamné à mort par contumace.
Roger va être profondément affecté par la mort de nombreux de ses camarades et amis durant cette période. C’était le sens profond de sa présence à toutes les cérémonies et commémorations, ici même, dans ce cimetière. Malgré les années qui passent, ne pas les oublier, leur rendre hommage, respecter leur engagement.


C’est pourquoi il m’avait dit son étonnement et sa désapprobation de la récente décision municipale d’interdire le dépôt de fleurs par les organisations politiques, quelles qu’elles soient, lors des commémorations officielles. C’est parce que beaucoup étaient des militants politiques que des milliers de patriotes étaient morts m’avait-il dit.
A la libération il retourne à l’usine mais rapidement il est appelé à consacrer tout son temps au combat politique et à son Parti où il prend d’importantes responsabilités régionales. Le travail est intense, le programme du Conseil National de la Résistance se met en place.


Son activité politique d’avant-guerre l’avait conduit à croiser dans des réunions un Blanc-Mesnilois, un certain Baptiste Hurel, mort en déportation, dont une rue de notre ville porte aujourd’hui le nom. Il ne se doutait pas alors qu’il allait rencontrer quelques années plus tard dans un local du Parti Communiste, sa fille Simone Hurel, avec qui il allait partager le reste de sa vie.


Commence alors la vie Blanc-Mesniloise. Une vie plus que bien remplie ! Une vie politique et associative, une vie professionnelle communale, une vie familiale, toutes étroitement liées et qui font la vie d’un homme honnête, intègre, fraternel, courageux et plein d’ambition pour sa ville et ses habitants.


La fougue et l’enthousiasme de Roger et de ses camarades contrastent avec son humilité, sa discrétion sur la grandeur de son parcours durant la guerre.


Cette modestie, cet effacement pour porter son attention aux autres, notamment les plus fragiles, sont aussi une marque de ce qu’était Roger. L’important était dans l’efficacité, pas dans le paraitre.


Premier responsable du Parti communiste du Blanc-Mesnil pendant une vingtaine d’années, il est de tous les combats de l’époque. Une période politique agitée avec les conséquences de la guerre froide, les luttes contre les guerres coloniales, l’OAS, l’immense espoir suscité par ce qui se passait en URSS, et les tragiques évènements des pays de l’Est, sans oublier mai 68, le programme commun et tant d’autres faits importants de notre histoire.


Le cuir chevelu de Roger a souvent rencontré les matraques des CRS, mais que de débats et d’actions passionnés sur un monde qui redémarrait après le chaos.


Au tout début avec Henri Duquenne, puis avec Eugène Le Moign et Robert Fregossy, Roger Brazzini, devenu membre de l’administration communale travaille d’arrache-pied à l’aménagement de la ville. En compagnie de Robert Royer, Roger Faivet, Henri Tourte, Paul Théau, Eugène Héraud, Maria Valtat, Andrée Saigne, Josette Roucaute, et tant d’autres que je ne peux citer, il participe aux orientations de la politique municipale, surtout au début en matière d’urbanisme, de construction de logements et d’équipements publics.


En 1948, le docteur Jean Régnier, lui aussi ancien résistant et déporté, est embauché à la ville comme médecin-chef. Roger devient alors directeur administratif des centres de santé, de la protection maternelle et infantile, du bureau de bienfaisance et du service social et ce, jusqu’à sa retraite en 1983. Les besoins de la population qui s’accroit sont immenses dans ce domaine, la réponse de la municipalité, avec Roger parmi les maîtres d’oeuvre, va l’être tout autant.
Les politiques et équipements médico-sociaux, la solidarité, vont connaitre un développement exponentiel. Les CMS, les PMI, le foyer Thorez, la Résidence Valtat, la maison de retraite Monmousseau, la première crèche, les centres médico psychologiques, j’en oublie évidemment.


Il en a fallu de l’abnégation, du travail, du courage au tourneur mécanicien pour maîtriser la complexité administrative de tous ces dossiers.


Le travail est intense et la vie familiale, avec ses joies, ses bonheurs, mais aussi ses deuils cruels, se poursuit auprès de Simone et de leurs enfants, puis petits, et arrières petits-enfants.


Le temps de la retraite venu, Roger et Simone en profite pour voyager à l’étranger et être un peu plus souvent ensemble.
Mais comme dit la chanson de Ferrat : « pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez » Roger s’investit davantage dans les associations d’anciens combattants et de retraités pour porter la
mémoire de ses camarades tombés au combat et celle des millions d’hommes, de femmes et d’enfants exterminés.
Cet engagement, Roger va y consacrer beaucoup d’énergie et de temps, notamment à l’ANACR et à l’UNRPA, associations dans lesquelles il va occuper les toutes premières responsabilités. Et il savait nous interpeller avec vigueur, mais légitimement, Daniel Feurtet puis moi-même, si quelque chose, souvent un souci matériel, venait contrarier la vie de ces associations.


En plus du devoir de mémoire, l’objectif était aussi de permettre aux jeunes générations de tirer les enseignements de cette période tragique du 20ème siècle, des dangers portés par le racisme et la négation des principes humanistes.
Des centaines de collégiens de notre ville ont pu ainsi rencontrer Roger dans le cadre du concours national de la résistance. il y attachait beaucoup d’importance.


En janvier 2001 il sera fait chevalier de la légion d’honneur.


Les idéaux de justice sociale, d’égalité, la modernité progressiste du programme du Conseil National de la Résistance n’ont jamais quitté Roger. Et c’est tant mieux pour Blanc-Mesnil.


Tu vas nous manquer Roger, pas seulement lors des cérémonies commémoratives ou lors de nos assemblées générales de communistes, mais aussi tout simplement dans la ville, où nous te croisions souvent, un peu moins peut être depuis que tu avais abandonné l’usage de la voiture que nous te regardions conduire, il faut le dire, avec parfois un peu d’inquiétude.


Ta gentillesse, ton sourire, ton attention portée aux jeunes militants et aux autres en général, sont autant de bons souvenirs - il y en a tellement - que nous garderons de toi.


Je te revois encore circuler à vélo. Il n’y a pas si longtemps en fait. Le vélo, dont tu t’étais tant servi entre 1940 et 1945 et qui t’avais sans doute plus d’une fois, sauvé la vie.


Pour terminer, je vais te citer Roger. En 1996, tu écrivais à tes petits-enfants, je cite un extrait : « je sais bien que personne n’est irremplaçable – des hommes irremplaçables il y en a beaucoup dans les cimetières – et je fais pleinement confiance aux jeunes générations pour reprendre le flambeau du combat de leurs aînés. »


Et tu poursuivais : « mais tant que l’on est sur cette terre, je crois qu’il faut participer à la lutte générale pour le progrès, la justice sociale, la démocratie, la paix et l’application des principes généreux énoncés dans la déclaration universelle des droits de l’homme ».


Le moins que l’on puisse dire, c’est que tu as su transformé tes paroles en actes. Merci Roger, nous sommes très fiers de t’avoir connu.


Et puis un dernier clin d’oeil, car tu étais aussi malicieux, nous t’avons acheté ta vignette pour la fête de l’Huma, arrivée la veille de ta disparition. Je la donne à Simone. »

 

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