Sous-marin la « Minerve» retrouvé : «Je peux partir tranquille», confie la mère d’une victime

Maurice Loichet, Blanc-Mesnilois, faisait partie des 52 membres de l’équipage de La Minerve. La découverte du sous-marin est un grand soulagement pour sa mère, âgée de 99 ans.

 Le Blanc-Mesnil. Maurice Loichet, disparu dans le naufrage du Minerve.Le Blanc-Mesnil. Maurice Loichet, disparu dans le naufrage du Minerve. DR/Frédéric Loichet
Le 29 juillet 2019 à 18h09, modifié le 29 juillet 2019 à 21h56

« Je n'attends plus rien de la vie. Je peux désormais partir tranquille ». C'est avec soulagement qu'Anne-Marie Loichet, 99 ans, a appris le 22 juillet la découverte de La Minerve à 45 km au large de Toulon, cinquante et un ans après sa disparition. Depuis le 27 janvier 1968, elle n'a jamais perdu espoir de savoir un jour où reposait la dépouille de son fils Maurice, électricien dans le submersif. Marcel, le frère de Maurice, l'a vue se battre durant toutes ces années pour le maintien des recherches et l'obtention de la vérité.

« La vie en mer, c'était sa passion et sa routine »

Quarante-huit heures avant le naufrage de la Minerve lors d'une mission d'entraînement, Maurice, âgé de 19 ans, était en permission auprès des siens, au Blanc-Mesnil. « Maurice était très fier de son bateau et passait son temps à rassurer maman. La vie en mer, c'était sa passion et sa routine », raconte Marcel, qui partageait la même chambre que son frère, rue Lamartine.

 

A l'annonce de la disparition de la Minerve, la famille se réfugie dans le silence. « Ces sentiments de chagrin et de tristesse sont très compliqués à exprimer, ce ne sont pas des choses dont on parlait », tente d'expliquer le frère du défunt. « Après l'annonce de la disparition du sous-marin, on ne nous a donné aucune information. Nous étions très inquiets », reprend Marcel.

Les sollicitations auprès des différents gouvernements successifs et la consultation, à maintes reprises, des archives classées « confidentiel défense », n'ont pas permis d'éclaircir les zones d'ombre.

 

Pusy-et-Epenoux (Haute-Saône) en 2011. Anne-Marie Loichet rend hommage à son fils, Maurice. DR/Frédéric Loichet Pusy-et-Epenoux (Haute-Saône) en 2011. Anne-Marie Loichet rend hommage à son fils, Maurice. DR/Frédéric Loichet  

« Ma grand-mère a toujours été persuadée que son fils reviendrait »

Anne-Marie reste néanmoins déterminée. « Ma grand-mère a toujours été persuadée que son fils reviendrait, qu'il était retenu prisonnier dans un goulag en Russie », complète Frédéric, son petit-fils. Une explication qui faisait sens auprès de plusieurs familles des victimes, compte tenu du silence des autorités compétentes et du contexte de guerre froide qui régnaient à cette époque. « C'est très certainement cet événement tragique qui l'a maintenue en vie si longtemps, ajoute-t-il. Un an avant la disparition de son fils, cette mère perdait son époux, dans un accident de la route. Elle n'a jamais lâché prise. »

Une cérémonie en septembre sur les lieux de la disparition

Le combat d'Anne-Marie Loichet a d'abord été d'obtenir l'inscription de son fils au monument aux morts. Elle fait partie des dernières familles à avoir acquis ce droit, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le nom de Maurice Loichet figure sur le monument toulonnais et sur celui rendant hommage aux « morts pour la France » de Pusy-et-Épenoux (Haute-Saône), commune natale de sa mère.

Auparavant, les familles se réunissaient chaque année à Ramatuelle, à 70 km de Toulon, auprès d'un monument financé par ces dernières. Au mois de septembre, elles pourront, enfin, célébrer la mémoire de leurs proches lors d'une cérémonie qui se déroulera sur les lieux de la disparition.

ACT