La gestion de l’après-crise financière, carburant du populisme

19/09/2018
Guillaume DuvalEditorialiste

Dix ans après la chute de Lehman Brothers on s’interroge beaucoup sur les raisons pour lesquelles la crise a autant renforcé partout le populisme et le nationalisme. Pourtant, sur le plan économique et social, le processus qui explique ce mouvement est malheureusement assez simple à décrire.

Les États au secours de la finance...

Dans une crise de ce type, le système financier menace de s’écrouler. Ce qui risque de bloquer toute l’économie réelle. Pour éviter un tel désastre, il faut absolument que les États et les banques centrales viennent au secours de la finance (et on ne peut absolument pas le leur reprocher). Cela consiste cependant à renflouer les banquiers et les spéculateurs qui ont conduit l’économie dans le mur.

L’action des banques centrales au secours de la finance s’est poursuivie à une échelle sans précédent

Lors de la crise de 2008, l’action des banques centrales au secours de la finance s’est poursuivie à une échelle sans précédent pendant dix ans, avec ce qu’on appelle le « Quantitative easing » (QE). Ce qui a eu notamment comme conséquence de faire monter de façon spectaculaire les prix des actifs financiers et donc d’enrichir considérablement les banquiers, les spéculateurs et les très riches détenteurs de ces actifs.

Les gens ordinaires paient l’addition

Dans le même temps, les gens ordinaires se retrouvaient, eux, durablement et massivement au chômage. Les États, dont les finances étaient mises à mal - notamment en raison des aides au secteur financier - se sont rapidement mis à limiter leurs dépenses, en particulier dans le domaine social. Partout les gouvernements de droite classique mais aussi de gauche sociale-libérale comme en France ou aux États-Unis, ont adopté des politiques déflationnistes de baisse du coût et de flexibilisation du marché du travail, aggravant ainsi les conditions d’emploi des gens ordinaires. Tout en abaissant les impôts sur les revenus des plus riches et sur les bénéfices des entreprises pour préserver « l’attractivité » de leur pays

C’est parce que les gouvernements menaient des politiques publiques excessivement restrictives que le Quantitative Easing a été nécessaire

Ces politiques publiques déflationnistes sont aussi la cause principale de la poursuite de la politique monétaire mentionnée précédemment qui a beaucoup aggravé les inégalités. Autrement dit, c’est parce que les gouvernements menaient ces politiques publiques excessivement restrictives que le QE a été nécessaire…

Repli sur soi

Il n’est guère surprenant dans ces conditions que tant la droite classique que la gauche de gouvernement soient totalement discréditées aux yeux des couches populaires partout dans le monde. Il aurait fallu en effet combattre ces tendances déflationnistes en créant beaucoup d’emplois publics, en renforçant les règles du marché du travail, en relançant la progressivité de l’impôt et la redistribution...

Mais partout la droite classique et la gauche de gouvernement ont expliqué que de telles politiques étaient totalement impossibles à mener à cause de la construction européenne et de la mondialisation. Les classes populaires en tirent la conclusion, hélas parfaitement logique, qu’il faut en finir avec ces projets qui empêchent de limiter les inégalités et préfèrent le repli sur soi.

Nous en sommes là. Et sans sursaut, en particulier de la part des transfuges de l’ex-mouvement ouvrier qui se sont perdus dans le social-libéralisme, les nationalistes xénophobes de toute l’Europe risquent fort de ramasser la mise des énormes bêtises commises depuis dix ans. En France, Emmanuel Macron n’a pour l’instant fait que prolonger et aggraver les erreurs qui, depuis 2008, ont conduit à ce désastre politique.

 

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