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Intervention budget ville 2018

 

Nous avons tenu notre DOB il y a 2 ou 3 semaines, mais je vais revenir sur les propos que j’avais tenu sur le contexte national qui est structurant des conditions dans lesquelles s’élaborent les budgets des collectivités locales dans des conditions institutionnelles encore aujourd’hui très incertaines.

Évidemment je ne retire pas un mot de mes propos qui condamnaient les politiques libérales, qui que ce soit qui les mène, et leur rengaine sur la dépense publique, qui serait la source de tous les maux, alors que rien n’est dit sur les profits financiers faramineux, l’évasion fiscale de 80 milliards d’euros (à peu de choses près le montant du déficit budgétaire annuel de la France), la fin de l’impôt sur la fortune (soit un cadeau de 3,2 milliards aux 300 000 ménages les plus riches tout en augmentant la CSG pour 2,5 millions de retraités), les cadeaux à la finance tels que le CICE ou encore les différentes réformes de la fiscalité locale prises sans interruption depuis le quinquennat de M. Sarkozy et qui voient les collectivités locales, de plus en plus privées de leur autonomie budgétaire, devenir des agences locales des politiques de la start-up nation gérée comme une entreprise par le chef de l’état.

Nous sommes contre ces politiques, et nous le disons depuis longtemps avec constance et cohérence.

Contre la loi de programmation des finances publiques 2018-2022 qui aboutit à moins 25 milliards de dépenses sociales, moins 15 milliards pour l’assurance maladie, moins 10 milliards pour l’assurance chômage. Des chiffres sur des secteurs qui vont résonner douloureusement dans bon nombre de familles de notre ville tant les conséquences peuvent être dramatiques. Et la fermeture de la sécu dans notre ville, contre laquelle vous n’avez pas lever le petit doigt, illustre malheureusement une situation qui va encore s’aggraver.

Une loi de finances publiques dont l’objectif tout à fait avoué est la baisse des dépenses de fonctionnement et l’allègement de la dette, petite musique bien connue maintenant et qui est joué à l’unisson au conseil des ministres et ici, dans notre conseil municipal où les propos tenus et les actes sont les mêmes.

Et le ripolinage de façade ne masque pas l’accord de fond qui existe entre votre famille politique et d’autres tenants du libéralisme, et les choix dignes de Margaret Thatcher et Ronald Reagan en d’autres temps, faits par M. Macron aujourd’hui.

Pour s’en convaincre je vous invite à écouter et à comparer les propos, notamment sur le poids de la dette, tenus devant des personnels hospitaliers il y a quelques jours par le président de la République et ceux tenus il y a un peu plus d’un an, aussi devant des personnels hospitaliers, par François Fillon. Ce sont à quelques mots près exactement les mêmes pour tenter de justifier l’injustifiable, à savoir des conditions de prises en charge des patients de plus en plus scandaleuses et indignes.

Ou encore à relire les propositions de François Fillon, votre candidat à la présidence de la République, qui indiquent la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires et la réalisation d’une économie de 100 milliards sur la dépense publique en 5 ans, la suppression de l’ISF, entre autres cadeaux faits aux plus riches et cette phrase savoureuse que je cite « Pour la fonction publique territoriale, tout en respectant le principe de libre administration des collectivités, les transferts financiers de l’Etat tiendront compte des efforts de gestion et de l’évolution des effectifs, collectivité par collectivité ».

C’est à coup sûr ce type de raisonnement qui a inspiré M. Macron pour établir la contractualisation qui est proposé à notre ville aujourd’hui. Tout simplement parce que c’est la même inspiration ultra libérale.

On reviendra sans doute sur cette question à propos du vœu que votre majorité soumettra à notre conseil en fin de séance, enfin, quand je dis votre majorité je m’interroge sur le positionnement de vos élus de « La République En Marche » qui ont accueilli Edouard Philippe dans notre ville à l’occasion des élections législatives.

Mais sur la contractualisation, qui est avec la disparition de la taxe d’habitation la nouveauté dans les politiques libérales qui frappent au porte-monnaie les villes depuis des années, il faut peut-être quelques éléments d’information supplémentaires.

Combien cela coûte à la ville si on refuse de signer, avez-vous vu le préfet sur cette question, beaucoup de maires le font et discutent, voire négocient les conditions de ces contrats à sens unique, certains ont par exemple pu remonter de 1,2 à 1,5 % le seuil des dépenses de fonctionnement à partit duquel la ville serait pénalisée.

Par-delà la posture légitime d’opposition politique à cette mesure, il s’agit aussi de tout tenter, si on signe, pour limiter la casse et ne pas accompagner avec zèle et sans se battre un tel dispositif qui vise à poursuivre l’étranglement financier des villes et par conséquent à réduire les services rendus à la population.

Votre budget 2018 n’est pas bon. Encore une fois, il est préparé en catimini, sans débats publics permettant aux Blanc-Mesnilois-es d’être éclairés sur vos choix. Ainsi, en prenant les chiffres depuis 2015, vous affichez l’ambition de vendre aux alentours de 50 millions du patrimoine de la commune. Le carnage a déjà commencé puisqu’on en est aujourd’hui aux alentours de 30 millions.

Ce patrimoine, ce n’est pas le vôtre, c’est celui des habitants-es de notre ville.

A aucun moment pourtant, vous ne les avez consulté, ne serait-ce qu'informer, à priori, de votre volonté de ces ventes.

Certes il est normal qu’une ville cède du patrimoine de temps en temps mais des cessions à ce rythme et d’une telle ampleur, sans consulter personne, c’est pour le moins inhabituel et inquiétant. D’ailleurs un tel dépeçage du bien commun des Blanc-Mesnilois-es ne figurait pas dans votre programme.

Dès lors Il faut s’interroger : au profit de qui faites-vous cela ? Grande vainqueur : la promotion immobilière ! Grands perdants : les habitants ! Des immeubles poussent un peu partout sans que pour autant la majorité des Blanc-Mesnilois-es puissent y accéder.

Une promotion immobilière qui semble néanmoins avoir quelques difficultés à vendre les appartements à en juger par le caractère très évasif de leur communication et en dépit de votre salon de l’immobilier qui s’est avéré être un véritable fiasco. Peut-être que travailler avec les promoteurs à des clauses anti spéculation, réfléchir à des dispositifs d’encadrement des loyers comme nous vous l’avons déjà proposé, serait utile et profitable à des familles Blanc-Mesniloises.

Et les recettes des ventes de ce patrimoine qui appartient à tous les habitants, (essentiellement des terrains) par-delà des investissements classiques et usuels que font toutes les villes - et il est bien que des voiries soient refaites, que les bâtiments municipaux soient entretenus et rénovés, bref ce qui fait la vie courante d’une collectivité – mais par-delà cela, ces ventes de patrimoine, vont financer un golf et son club-house (3,2 millions), une « sport académie » privée (1,9 million), le tout dans la ferme du parc J. Duclos, ce qui peut s’assimiler à une privatisation partielle du parc,  ou encore un agrandissement du théâtre (1,5 million) dont la gestion sera ensuite déléguée au privé, comme pour les maisons pour tous ou des cantines scolaires.

Déléguer au privé comme vous le faites massivement ou l’avez fait pour les services publics municipaux - dernier en date le balayage mécanique – et qui voit - mais Alain Ramos va en parler – le budget consacré aux prestataires privés de la ville encore augmenter de 2 millions cette année et passer en 5 ans de 300 000 € à 6 millions. Prestations autrefois assurées par le service public municipal, donc possible à assurer par le service public, dont il faut préciser que de nombreux agents sont Blanc-Mesnilois-es.

En parallèle de ces choix budgétaires désastreux, on a un affaiblissement très important des politiques municipales et les mouvements sociaux du personnel communal qui ont ponctués et continu de ponctuer, avec la médiathèque notamment en ce moment, la vie de la collectivité en attestent.

Le service social est quasiment mort, les service des aides à domicile est en lambeaux et son personnel en grande souffrance, le service enfance se débat entre désorganisation et bouts de ficelles, et ce ne sont pas les retraités que vous embauchez sans aucune formation et avec des contrats honteux qui viendront compenser l’absence de personnels qualifiés auprès des enfants, les personnels de nos centres de santé vivent eux aussi des heures plus que difficiles, les missions affectées à des sujets aussi cruciaux que la lutte contre les discriminations, les droits des femmes, l’agenda 21 ont disparu du paysage, tout comme d’ailleurs le conseil des jeunes, celui des ainés et celui de la vie associative.

Notre centre de vacances de la Condamine est laissé à l’abandon et ce sont des habitants de la Condamine, qui m’ont retrouvé par Facebook, qui m’ont alerté, scandalisés par les fuites d’eau dans les bâtiments qui ont duré plusieurs semaines, avant l’intervention des pompiers.

Cette liste des méfaits de votre politique n’est pas exhaustive et j’en oublie bien évidemment. Alors il vrai que votre communication est efficace et que d’un arbre vous faites une forêt.

Mais je voudrais attirer l’attention de tous et toutes ici : la souffrance sociale qui augmente dans notre ville, (et dont comme d’habitude, vous ne dites pas un mot) comme partout ailleurs, mais peut-être plus qu’ailleurs du fait de la détérioration du service public municipal, cette souffrance sociale doit être prise en compte dans l’élaboration budgétaire. Prise en compte par des actes de gestion et non par de la communication et des effets d’annonce.

Ce décalage entre la parole et les actes entraine à terme des frustrations, de la colère, des incompréhensions qui ne sont jamais bonnes pour le vivre ensemble dans une ville apaisée. Comme vous le dites dans votre dernier éditorial : « A bon entendeur ! »

Quant au désendettement, assez relatif mais que vous agitez comme un trophée, il est une erreur lourde qui se paiera plus tard, quand les taux bancaires augmenteront et qu’il faudra réemprunter, car le patrimoine ne se vend pas plusieurs fois. La chambre régionale des comptes a d’ailleurs pointé cette faiblesse.

Et ce « one shot », pardonnez cet anglicisme, est sans doute un point majeur de la dangerosité à terme de vos budgets successifs qui envoient notre ville dans le mur. Pas tout de suite, car il vous reste encore du patrimoine à vendre mais cela ne va pas durer, comme nous d’ailleurs, nous n’allons pas durer.

Mais les enfants d’aujourd’hui, dont vous faites tout pour qu’ils ne soient pas les Blanc-Mesnilois de demain, auront néanmoins à payer votre logique du « après moi le déluge ».

Or notre responsabilité politique au sens plein du terme est bien aussi de construire l’avenir. Ce n’est malheureusement pas ce que vous faîtes aujourd’hui avec ce budget.

Sur l’investissement avec lequel vous vous gargarisez, quelques remarques : d’abord les dépenses d’investissement d’aujourd’hui vont générer des dépenses de fonctionnement demain. C’est moins vrai avec vous, car vous redonnez beaucoup au privé, mais cela reste une réalité dont il faut tenir compte.

Et la sur-communication que vous développez sur l’investissement doit être pondérée par la réalité. Vous nous aviez fait le coup l’année dernière, mais la réalité c’est que 9 millions de vos dépenses d’investissement annoncées en 2017 à grands coups de clairon ont été annulées. Je dis bien annulées, et pas reportées comme cela, et ça on le comprend, peut parfois arriver.

Comme quoi vos affirmations, dans ce domaine comme dans bien d’autres, ne font pas des vérités.

Mes chers collègues, nous allons sans doute avoir un débat, des membres de notre groupe vont peut-être ajouter des éléments à ce que je viens de dire car on ne peut pas tout dire dans un propos tel que celui là et sur un sujet aussi vaste. Nous avons bien des choses à dire sur vos choix en matière d’urbanisme, de solidarité municipale, de sports, d’éducation, de culture, et tout ce qui fait la vie de notre ville et des Blanc-Mesnilois-ses.

Nous ne partageons pas vos choix sur toutes ces questions et bien d’autres et nous allons voter contre ce budget.

Ce n’est pas une surprise mais nous le faisons avec sérieux, esprit de responsabilité, lucidement aussi sur les conditions extérieures dans lesquelles évoluent aujourd’hui les collectivités locales, mais nous le faisons aussi avec plus de gravité que d’habitude car ce budget accentue et amplifie les mauvais choix que vous faites depuis le début de votre mandat et ce faisant, il ne répond pas aux attentes et aux besoins d’une très grande partie des habitantes et des habitants du Blanc-Mesnil.