ordonnance

 
Ces élections présidentielles laissent un goût amer. Se sont affrontées au second tour deux conceptions inacceptables de l’évolution de notre société. D’un côté, le FN qui veut détourner sur les immigrés les difficultés des victimes du capitalisme mondialisé. De l’autre, Emmanuel Macron, inspecteur des finances, le symbole même de l’alliance actuelle entre la technocratie étatique et l’oligarchie financière. Son programme vise à imposer les réformes que demandent les classes dirigeantes : réécriture du droit du travail par ordonnances, baisse des impôts sur le capital financier (suppression de l’ISF sur les actions, baisse de la fiscalité sur les intérêts et dividendes), réduction des dépenses publiques, mise en cause de l’autonomie financière des communes, allégement de la régulation bancaire et des normes écologiques. 


Avec la victoire d'Emmanuel Macron, la suppression des cotisations chômage des salariés, financée par les retraités, permettra d’expulser les syndicats de la gestion de l’assurance-chômage, de diminuer le montant des prestations et, sous prétexte d’un meilleur contrôle des chômeurs, de leur imposer de se concurrencer pour prendre des emplois sous-payés. 


La France s’engage encore plus dans la stratégie européenne (austérité budgétaire/réformes structurelles) qui a échoué.


Les préoccupations écologiques passeront au second plan derrière la volonté d’améliorer la rentabilité des entreprises. Le nouveau discours dominant vante les jeunes entreprises innovantes sans s’interroger sur l’intérêt social ou écologique des prétendues innovations. Le développement de l’auto-entreprenariat s’attaque aux protections que fournit le statut de salarié.


Cette élection a mis en évidence les défauts de nos institutions bonapartistes. Avec 24% des voix, Emmanuel Macron et la technocratie vont pouvoir engager des réformes que refusent la majorité des Français. La stratégie alternative - s’engager résolument dans la transition écologique et sociale, donner plus de pouvoir aux citoyens et aux salariés - n’a pas réussi à émerger politiquement avec assez d’unité et de force. Ce sont les mouvements sociaux qui devront la promouvoir dans les années à venir par la mobilisation. Les Économistes Atterrés y contribueront dans leur domaine, celui de la réflexion et du débat sur les politiques économiques.