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Le sondage, un instrument de plus en plus imparfait

Pour le politologue amiénois, Patrick Lehingue, le mode de fabrication des sondages, désormais par internet et non plus par téléphone, participe à leur fragilité.
Pour le politologue amiénois, Patrick Lehingue, le mode de fabrication des sondages, désormais par internet et non plus par téléphone, participe à leur fragilité.

À deux semaines du premier tour, quel crédit peut-on accorder aux sondages d’intention de vote ?

Ce qui ressort surtout de ces sondages, la seule certitude, c’est la très grande indécision des électeurs. En sachant que 30 à 35 % des votants pourraient s’abstenir, et que 40 % des sondés pourraient encore changer leur vote, la marge d’erreur est très grande, il faut s’attendre à des surprises. Le sondage est un instrument de plus en plus imparfait.

Pour quelle raison ?

Il est très préoccupant de constater que ces sondages, pour des raisons avant tout économiques et pratiques, mais aussi pour des questions de rapidité, sont désormais réalisés en ligne, par le biais d’internet, et non plus par un échange oral. Les personnes interrogées ont fait la démarche de s’inscrire sur des panels, ils ne sont pas du tout représentatifs, car il y a des raisons de penser qu’ils sont beaucoup plus politisés que la moyenne des électeurs. Autre élément important, ces sondages en ligne sont rémunérés ou récompensés par des gains. On peut légitimement douter de la sincérité des personnes sondées, de même que certaines formations politiques pourraient être tentées d’inciter leurs adhérents à s’inscrire sur ces panels afin d’influer sur le résultat d’un sondage.

Ces sondages à répétition sont-ils le reflet de l’opinion ou bien sont-ils de nature à influencer le vote des électeurs ?

L’un des faits marquants de cette élection est effectivement le nombre très important de sondages, il n’y en a jamais eu autant, et cela n’est pas sans conséquences. Beaucoup d’électeurs se déterminent en fonction de ces derniers, et plus seulement sur la base de leurs convictions. Certains électeurs de Hamon, par exemple, se détournent vers Mélenchon, car il profite d’une certaine dynamique. Cela peut induire des choix par défaut, c’est également inquiétant. Un de mes collègues universitaires l’a très bien résumé récemment dans une tribune au travers de cette formule : « Le vote utile va finir par rendre le vote inutile. »

Au regard de votre analyse, ne faudrait-il pas interdire les sondages beaucoup plus tôt avant une élection ?

Les sondages les plus inutiles sont ceux qui ont lieu deux ou trois mois avant une élection. La dernière semaine avant le vote, ils reflètent davantage la réalité. Plus on s’approche du vote, plus ils sont pertinents.

Certains commentateurs émettent l’hypothèse d’un vote caché en faveur de François Fillon, laissant entendre que certains sondés, à la suite des affaires, n’osent pas afficher leur vote pour ce candidat, comme ce fut le cas hier pour le Front National. Vous y croyez ?

Absolument pas. Le vote en ligne écarte ce genre d’hypothèse, face à un interlocuteur virtuel, on n’a plus honte de cacher ses opinions.