Alain Ramos

L'émission «le supplément», au delà de l'anniversaire, marquait, à l'évidence, le début de la campagne présidentielle de 2017. La réponse de Hollande, abordant la question du PCF, s'inscrit dans cette perspective. Pour essayer de comprendre il ne faut pas, me semble-t-il, avoir une appréciation émotionnelle ou sentimentaliste, il faut l'aborder avec toute la froideur nécessaire au combat politique.

Ainsi Hollande confirme sa stratégie sociale démocrate, pour rassembler le cœur de son électorat et appâter une frange de l'électorat centriste qui craint, par-dessus tout, un retour de Sarkozy. Dans ce cadre il faut réinsérer les manœuvres en cours pour flanquer un flan droit au PS, l'opération Jean Vincent Placé et Jean Luc Bennhamias.

Ensuite ne pas oublier que nous sommes à quelques encablures du congrès du PS de Poitiers, pour cela rassurer Collomb et la droite de la motion A, après avoir englué Aubry. Mais aussi faire en sorte que la motion B fasse le score le moins important possible, pour l’empêcher de rassembler lors de la fameuse commission des résolutions et la rendre moins attractive afin d'être un catalyseur du rassemblement de toute la gauche. Pour cela jouer sur le légitimisme des militants PS, face à leur PDT attaqué par le PCF et l’extrême gauche. Bref, il s'agit au sortir du congrès qu'il n'y ait qu'un seul vainqueur, qu'un seul qui soit en capacité de faire la synthèse la plus large possible, Hollande. Ne jamais oublier qu'il est au PS et plus largement à gauche le meilleur tacticien politique.

Sur l'autre bord de l'échiquier comparer le FN au PCF est une manière d'appuyer au sein de l’extrême droite sur la ligne de fracture entre Jean Marie Le Pen et Marine Le Pen, en donnant aux tenants de la ligne dure des arguments, pour fustiger la normalisation du FN. Car le point de rupture au sein de l’extrême droite se trouve là, en attisant la bataille des anciens et des modernes.

Bien entendu cette comparaison est dure et bien sure insupportable pour le PCF, mais raisonnons froidement. Cette intervention présidentielle permet au PCF de réapparaître sur l'espace médiatique et, plus particulièrement, à son secrétaire national Pierre Laurent. Il montre aussi à une partie de l'électorat qui s’abstient ou qui vote FN, qui il y a une autre manière d'exprimer son mécontentement et d'exiger une évolution de la politique économique et sociale, sans s'inscrire dans une démarche de haine et de refus de la solidarité.

Cette séquence politique donne une occasion unique au PCF de revenir sur le devant de la scène en se redéployant, en reprenant ses thèmes de base et en les actualisant. Il y a là une vraie opportunité pour le PCF de reconquérir une partie de son électorat.

L'élection de 2017 se construira sur la capacité pour la gauche de reconquérir une très large partie de l'électorat ouvriers/employés qui représente encore une grande masse électorale. Cet électorat, aujourd'hui se retrouve majoritairement sur le FN et largement plus que sur le PCF et le PS.

Dans ce cadre, nous pouvons comprendre la légitime indignation du PCF, elle est justifiée, mais elle doit être pour le PCF le moyen de rebondir, en rendant plus visible sa stratégie et ses propositions.

Nous avons le cadre de l'offensive Hollande, rassembler le centre hostile à Sarkozy, rester maître du PS, introduire les bases de division au sein du FN et redonner de l'espace au PCF.

En conclusion, chacun comprend qu'Hollande est actuellement dans les cordes, mais chacun doit aussi savoir qu'il n'est jamais aussi déterminé que dans ce type de situation.

Mais il est clair que si les aspects de tactique politique sont important, il ne faut pas oublier quelques chiffres. En France, le salaire brut mensuel moyen de 18,8 millions de salariés non cadre est de 1541€. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec l'étude faite par l'observatoire national de la pauvreté et l'exclusion sociale (ONPES), qui indique que les budgets de référence varient de 1424€ par mois pour une personne seule à 3284€ pour un couple avec deux enfants. Nous sommes là aux limites des effets des tactiques politiciennes