Dimanche, maintenant l'égalité

L'importance des mobilisations citoyennes du 11 janvier 2015 souligne la très forte capacité des citoyens à dire ce qu'ils considèrent comme important. Cet élan, n'a pas eu besoin de consigne ou de mots d'ordre, il démontre la force de la citoyenneté dans ce pays. Il fait aussi apparaître que les partis politiques et les organisations syndicales sont pour le moins dans un décalage important entre le vécu de la population et leurs préoccupations organisationnelles et politiciennes. Cela suggère aussi, que leur seul fonction est de sélectionner entre les ambitions au sein d'un microcosme de plus en plus restreint et de plus en plus hors sol, car ils ne sont plus en lien avec la réalité économique et sociale de la très grande majorité de ceux qu'ils prétendent représenter.

C'est aussi le résultat du discours dominant qui impose la pensée unique, formater pour préserver les intérêts d'une minorité qui contrôle l'ensemble des outils de communication presse, radio, télévision qui ne retraduisent que les résultats des sondages d'opinion eux aussi formater pour conforter leurs choix. Avec des dirigeants qui s'auto désignent et qui sortent tous ou presque des mêmes grandes écoles et fréquentent les mêmes salons, la classe dirigeante étouffe la démocratie, pour son plus grand bénéfice. Cette situation conduit à l'explosion des inégalités. L'inégalité est la cause et la conséquence de la faillite du système politique.

Ce développement exponentiel des inégalités économiques, sociales, éducatives culturelles, environnementales produisent des hommes et des femmes fragilisés, désespérés, désespérance qui peut conduire à la violence.

La ré émergence du fait religieux est aussi l'expression du désespoir profond qui s'est emparé de millions et de millions de femmes et d'hommes qui n'ayant plus d'espoir, n'espèrent plus qu'une vie meilleure dans un au delà radieux.

Les guerres de religions masquent dans pratiquement tous les cas des affrontements de classe. La guerre en Irlande du Nord entre les catholiques et les protestants était avant tout une lutte de classe entre les exploités ici, les catholiques et les exploiteurs les dirigeants protestants qui utilisaient les plus pauvres d'entre eux, pour maintenir et amplifier l'exploitation des catholiques. Mais ailleurs l'inverse est aussi vrai. Attisé les antagonismes religieux est l'un des moyens utilisés par la classe dirigeante pour maintenir sa domination. Poser la question à qui bénéficie l’exaspération des différences religieuses, c'est y répondre. La pensée unique met tout en œuvre pour masquer l'antagonisme de classe, car c'est le seul moyen pour elle de faire oublier que la classe dirigeante ne prospère que sur l'exploitation du salariat.

Néanmoins, il est intéressant de constater que le vide conceptuel laissé par les organisations institutionnalisées, permet l'émergence d'autres organisations qui occupent l'espace laisser en déshérence. Ainsi naissent d'autres formes, d'autres pratiques politiques qui mobilisent les énergies citoyennes telles celles qui se développent en Grèce et en Espagne.

Comment ne pas se mobiliser face au fait que 1% de la population possède à elle seule autant que 99% de la population mondiale. Face à un tel constat, il n'est plus possible de ne poser pas la question du partage des richesses produites. Les États aujourd'hui redistribuent plus aux oligarchies qu'a leur citoyen c'est ce scandale qui crée les déficits, nourrit la dette. Comment dans ces conditions s'étonner face à cette redistribution inégalitaire, de voir se développer une pauvreté de masse.

La barbarie de janvier 2015 met l’État devant ses responsabilités, et il constate l'ampleur des conséquences de ses renoncements à faire vivre les valeurs qui fondent le contrat social de la République fondement du vivre ensemble. Les questions de l'école et des quartiers de relégation sont mises en avant. Mais, il ne faut pas esquiver la question essentielle le partage de la richesse, il ne faut pas évacuer la responsabilité centrale celle du Medef.

Oui il faut régler la question du partage des richesses produites, comment dans un pays comme le notre, est-il acceptable que 8,5 millions de citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté c'est à dire avec moins de 900€ par mois, comment est-il acceptable que les pensions de retraite soient en moyenne à 1300€ par mois, après avoir travaillé et cotisé pendant 40 ans années, comment est il acceptable que la moyenne des salaires soit 1750€ par mois.

Les salariés ne demandent pas une aumône, ils exigent leur du, ils exigent que la richesse qu'ils produisent soit justement rétribuée. La question de l'amélioration et l'augmentation du pouvoir d'achat est incontournable si nous voulons régler la question des conditions de vie et de logements dans les quartiers populaires. La résolution de cette question est la garantie de la pérennisation et du succès des investissements étatiques dans les quartiers.

Dans ce cadre, la question de la résorption du chômage de masse exige que la question de la réduction du temps de travail pour aller vers la semaine à 32 heures doit revenir au centre de la question dans notre pays, travailler moins individuellement, pour travailler plus collectivement.

Pour cela la question du partage de la responsabilité dans l'entreprise doit être abordée, la place des salariés dans les instances de décision doit être posé avec force, d'aucun prône et vante l'efficacité du système social allemand, en ne voulant mettre en œuvre que ces aspects restrictifs par rapport au notre, mais refuse absolument ce qui permet aux salariés allemands de peser sur les décisions et la stratégie de l'entreprise. Le pouvoir absolu et monarchique n'est plus tolérable, n'est plus acceptable dans les entreprises.

Nous pensons que la résolution des questions, du pouvoir d'achat des salaires et des retraites, de la réduction du temps de travail, la place des salariés dans les centres de décisions des entreprises sont des questions centrales et incontournables si nous vous remettre en route l’ascenseur social, pour permettre à chacun de maîtriser son devenir et préparer un avenir à la génération suivante. Ces questions sont au cœur du vivre ensemble.

Nous ne pouvons pas esquiver la question de l'école de la République. Dans le meilleur des cas elle n’accroît pas les inégalités. Malheureusement, nous savons qu'aujourd'hui les inégalités scolaires s'accroissent. Le constat est douloureux mais nous savons aussi que l'intervention de l’État favorise les enfants des classes dominantes. Dans ce contexte, la question de la laïcité, dans un espace où la mixité sociale n'a plus ou pas de réalité, devient problématique, car pour les enfants et leurs familles le vivre ensemble, s'appuyant sur les valeurs qui fondent la République n'a aucune existence. Il n'est donc pas étonnant que les élèves vivent comme une contrainte le discours républicain.

La question des difficultés de l'école de la République est récurrente. Un nombre important de rapports et les émeutes de 2005 ont tragiquement montré la gravité de la situation. Le problème, c'est plutôt l'impuissance. On ne sait pas répondre ou on pas su répondre à ces questions, ni les politiques, ni les experts, ni les intellectuels. Dans ces conditions comment s'étonner de découvrir que des jeunes ne se reconnaissent pas dans les valeurs de la République, en particulier celle de liberté de penser.

Le développement exponentiel des inégalités est autrement plus problématique, pour nos concitoyens issus de l'immigration et accroît leurs difficultés pour trouver leur place dans la société. Il y a eu un blocage du débat, car cette problématique engendrait deux discours un qui renvoie au racisme pur et simple et l'autre qui se situe dans le déni d'un problème majeur social majeur.

La rénovation de l'école de la République, ne pourra être viable qu'à la condition que la crise sociale majeure trouve une issue positive en n'en finissant avec l'austérité qui déstructure les fondements de la République.

Nous ne pouvons pas nous exclure de la problématique géopolitique. Le pourrissement du conflit israélo-palestinien nourrit depuis trop longtemps de lourdes frustrations dans l'ensemble du monde musulman. La décomposition de l’État irakien, après la scandaleuse intervention des néo conservateurs américains de 2003, et l'incapacité de la communauté internationale à débarrasser la Syrie de son sanguinaire dictateur ont ouvert un boulevard dans cette région aux hordes barbares du soi-disant état islamique.

Il n’empêche: ces événements soulignent l'ampleur des problèmes franco-français accumulés en plus de trois décennies de crises.

L'insupportable aggravation des inégalités exacerbe dans notre pays, les contradictions de plus en plus flagrante entre les ambitions de la Révolution française en matière d'égalité et l'incapacité croissante d'un modèle social à bout de ce souffle à remplir cette promesse.

Il y a donc urgence absolu que l'élan citoyen du 11 janvier 2015, ne s'enlise pas. L'élan citoyen du 11 janvier 2015 exige de chacun de nous de prendre son crayon pour écrire l'avenir que nous voulons.