Ceux qui luttent B

Section PCF du Blanc Mesnil
8 bis rue Claude Terrasse
93150 Le Blanc Mesnil


Monsieur le Maire,


J’espère que vous avez passé un dimanche agréable en compagnie des militant-es UMP du département de Seine Saint Denis à la ferme Pasquier, malgré le temps maussade et le climat Bygmalion qui secoue ce début d’été. Je vois d’avance les esprits taquins vous reprocher d’avoir prêté une infrastructure municipale à une organisation politique en l’occurrence l’UMP, votre parti, alors que vous aviez affirmé que vous ne faisiez pas de politique et que vous n’accorderiez plus de subventions à des associations à « caractère politique », comme la Confédération Nationale du Logement, la Ligue des Droits de l’Homme ou encore l’Office Local du Sport, qui comme chacun sait, sauf vous, ne sont pas « politiques », mais défendent l’intérêt général.


Je voulais vous dire que je soutiens l’existence de l’initiative de dimanche, car je considère que les partis politiques sont parties prenantes de la vie démocratique d’une ville et participent à faire vivre le débat d’idées, si nécessaire par les temps qui courent. J’espère d’ailleurs que vous me soutiendrez à votre tour quand le Parti Communiste fera la demande de prêt d’une salle, car nous avons un peu de mal ces derniers temps à en obtenir une.


Comme vous, je respecte les engagements des hommes et des femmes, d’aujourd’hui et d’hier, des maires résistants comme Eugène Le Moign, Robert Frégossy et leurs successeurs. J’espère donc que bientôt les partis politiques dans cette ville pourront à nouveau déposer une gerbe pendant les cérémonies officielles pour rendre hommage et commémorer la mémoire de ceux qui se sont engagés pour défendre notre ville et des valeurs universelles de solidarité, d’égalité, de liberté et de fraternité.


L’UMP a donc bien eu raison de faire cette fête ici, car si vous êtes le maire de droite le plus mal élu du 93, avec 209 voix d’écart, elle ne s’est pas trompée en venant récompenser son serviteur le plus zélé de sa politique et de ses idées.
J’ai d’ailleurs pu le constater avec grand intérêt en lisant le dernier journal de propagande municipal. Votre éditorial intitulé « L’intérêt de tous » est révélateur de votre politique, de votre idéologie et de votre manière d’administrer une ville.


Passons sur la méconnaissance du rôle essentiel et fondamental que joue la Bourse du Travail pour l’ensemble des Blancs-Mesnilois-es en l’accusant d’être une « structure d un autre temps, à l’usage exclusif des militants et permanents de la CGT ». Permettez-moi de vous dire que la Bourse du Travail est un lieu qui permet à des milliers de Blanc-Mesnilois-es, syndiqués ou non, de pouvoir se renseigner sur leurs droits, de s’organiser pour les faire respecter, les accompagner dans leur recherche d’emploi... Je comprends que cela soit un peu « ringard » pour le patron que vous êtes, mais sachez que le code du travail qui date de 1910 existe encore, malgré les efforts déployés par l’UMP pour le détruire pendant 10 ans, notamment par votre mentor Nicolas Sarkozy. Si vous aviez défilé avec les salariés des Rotos93 ou des familles des PSA pour défendre leur emploi et contre les patrons-voyous ou encore pour une véritable politique industrielle dans ce pays, vous auriez peut-être vu l’utilité de la Bourse, et que la CGT est loin d’être la seule utilisatrice de cet endroit.


Monsieur le Maire, vous avez été élu. Mais la « démocratie » dont vous vous réclamez être le grand défenseur à chaque conseil municipal, ce n’est pas de tout administrer depuis un perchoir sans prendre en considération les attentes et les besoins des populations. La démocratie sociale et participative existe, même si le nouveau règlement intérieur de notre conseil (fin du droit de pétition) et la mise en place des nouveaux conseils de quartier (conseils fermés et membres nommés par vous-mêmes) les mettent à mal.


Près de 2.600 pétitions ont été signées, une manifestation a rassemblé plusieurs centaines de personnes pour sauvegarder leur Bourse du Travail. Puisque vous êtes un adepte du « dialogue social », un homme ouvert, qui rassemble tous les Blanc-mesnilois, qui n’est pas enfermé dans une idéologie et qui est prêt à la confrontation des idées, vous serez d’accord, qu’on ne peut pas en rester au statu quo.


Monsieur le maire, comme vous le savez, on ne juge pas un maire à la hauteur de ses portraits, mais à la grandeur de ses actes. Je vous demande donc de bien vouloir recevoir les salariés et leurs représentants syndicaux pour entendre leurs revendications et ouvrir un espace de dialogue avec eux.


Je profite également de cette lettre pour vous livrer un point de vue. Comme vous, je l’espère car je ne vous ai pas encore entendu sur ce sujet, je suis inquiet du score du Front National dans notre ville et dans notre pays lors de l’élection européenne.


Ce score, ainsi que la forte abstention sont l’expression du rejet massif de la politique comme elle est faite aujourd’hui, de la classe dirigeante politique, d’un fort désenchantement dû aux promesses non tenues, d’un grand malaise social dû aux politiques d’austérité qui ne sèment que misère, chômage et mal-vie pour des milliers de nos concitoyens. Mais il y a aussi quelque chose de plus profond, et de plus inquiétant. C’est la montée de l’idée de repli sur soi, des valeurs réactionnaires et de tous les racismes qui doit alerter, tous les progressistes, démocrates et républicains.


C’est pourquoi, je suis préoccupé, par votre volonté dans le même éditorial d’opposer les bons « citoyens » qui « travaillent dur, ne demandent rien à personne et qui paient des impôts » aux mauvais citoyens, ceux qui revendiqueraient. Cette phrase montre que contrairement à vos paroles, vous ne cherchez pas à rassembler les Blanc-Mesnilois, mais plutôt à diviser et à opposer les citoyens les uns contre les autres.


Non, nous ne pouvons pas tolérer dans notre société cette politique de division qui est exploitée comme un filon pour « conquérir le pouvoir et le conserver ». Une situation qui voit des responsables politiques opposer les croyants aux non-croyants, les jeunes contre les vieux, les Rmistes contre les Smicards, les intérimaires contre les CDI, les salariés du privé contre les fonctionnaires, les syndicalistes contre les «bons citoyens qui se lèvent tôt et paient des impôts » et « tout le monde » contre les Roms, comme l’illustre malheureusement la Une d’un des premiers numéros du journal de la ville de votre mandature.


Je dois vous dire notre indignation, face à cette Une où l’on vous voit vous frotter les mains devant la misère humaine. D’où que l’on vienne, quelle que soient notre histoire, notre passé, un Homme reste un Homme, et tout le monde a droit à la dignité et doit avoir le droit de participer à la construction d’un avenir commun sur la terre de France.


Ensuite, il y a une question politique qui est de savoir, comment on accueille et on permet l’insertion de 17 000 Roms, citoyens européens par ailleurs, dans la 5ème puissance économique au monde, la patrie des Droits de l’Homme et du citoyen, celle de Montaigne, Rousseau, Jaurès et tant d’autres, en interpellant l’Etat et l’Union Européenne sur leurs responsabilités.


Un maire doit être celui qui rassemble, fait vivre et promeut l’égalité, la liberté, la fraternité pour rassembler tous les citoyens de notre ville. Cet idéal doit nous animer et on ne peut pas se réjouir, ni rester les bras croisés de voir que des crimes racistes se banalisent comme celui du jeune Darius à Pierrefitte, ou ceux qui touchent nos compatriotes en raison de leur religion ou de leur orientation sexuelle.


Enfin, Monsieur le maire, je voudrai finir cette lettre sur deux sujets.


Nous resterons évidemment attentifs, comme depuis le début, sur le traitement dont font l’objet de nombreux employés communaux. Contrairement à vous, qui voyez un « vent de liberté souffler sur la ville », nous sommes alertés par de nombreux agents municipaux qui visiblement ne respirent pas le même air que le vôtre. Joseph McCarthy ne renierait pas l’impressionnante chasse aux sorcières que vous menez dans cette ville.


Pressions, mises à pied, lettres recommandées, fins de contrats brutaux, non respect de la hiérarchie semblent être le quotidien de la majorité des fonctionnaires territoriaux de cette ville depuis maintenant 3 mois. C’est dommage, car vous vous privez de compétences, de savoir-faire et de professionnalisme reconnus par la population et qui participent à faire de Blanc-Mesnil, la ville agréable dans laquelle nous aimons vivre et habiter. Nous renouvelons, ici notre entière solidarité à l’ensemble des employés communaux.


Nous resterons aussi très attentifs aux propos que vous tenez publiquement sur la municipalité précédente et sur Didier Mignot, votre prédécesseur. Nous comprenons que les quatre recours en annulation de l’élection vous inquiètent. Vous avez de quoi, même si contrairement à vous qui avez déjà trouvé, jugé et condamné « les coupeurs de câble électrique », nous laisserons faire la police, la justice et dire le droit.


Je dois avouer que j’ai bien ri samedi matin en découvrant le Parisien. Laisser dire que nous aurions « acheté pour 20.000 euros de bouteilles de Ricard en un semestre » est pour le moins burlesque. Cela fait donc 1.254 bouteilles en l’espace de 6 mois…donc 7 bouteilles par jour….Avouez que même si les « cocos » aiment l’apéro, et que nous sommes nombreux sur cette ville, cela est quand même énorme !


Par contre, ce qui est moins burlesque, c’est de répéter sans arrêt, y compris devant des collégiens, que la situation financière est dans le rouge, car « les communistes auraient mal géré la ville pendant des années ». On dit toujours que le diable est dans le détail, mais peut être que vous répétez cela en boucle, car il va vous être difficile de tenir tous vos engagements de campagne : logement pour tous, cantine gratuite, télévision municipale….


Mais comme vous le savez, puisque les comptes administratifs ont été votés, la situation financière de la ville au 30 mars 2014 était saine, les deniers publics ont été bien utilisés et le taux d’endettement a reculé pendant le mandat dernier. L’Etat, le préfet, ainsi que le journal « Capital » dirigé par un de vos amis patron l’ont attesté. Nous resterons donc vigilants et n’hésiterons pas à porter plainte pour diffamation à chaque fois que la moralité et l’intégrité de Didier Mignot ou de l’ancienne équipe municipale seront à nouveau salies.


Pour notre part, nous allons continuer à mener les combats auprès de la population Blanc-mesniloises et au plus près de ses préoccupations, loin de ces polémiques stériles dont vous êtes le grand spécialiste. Nous allons rester vigilants cet été, car j’espère que je ne vous l’apprends pas, les expulsions locatives ont repris dans notre commune. Comme aucun élu de votre majorité n’est allé plaider la cause de la centaine de familles Blanc-Mesniloises dans les commissions préfectorales, celles-ci sont menacées d’expulsion dans les jours qui viennent dont de nombreuses familles avec enfants.


La première expulsion a eu lieu la semaine dernière dans la cité Pierre Sémard malheureusement. Avec nos élus, Marie George Buffet, députée, Hervé Bramy, conseiller général, Didier Mignot, président du groupe « Blanc Mesnil au coeur » et nos militant-es, nous seront de ce combat.


En attendant une réponse de votre part sur ces nombreuses questions,


Monsieur le maire, recevez mes sincères salutations républicaines,
Fabien Gay
Secrétaire de Section du PCF Blanc Mesnil
Conseiller Municipal
PS : Comme la démocratie c’est également la transparence, je vous informe que je rendrai publique cette lettre et votre réponse.