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2014 06 08 - Commentaire de la vidéo d'Immochan sur le site du CG 95


EUROPACITY : CUPIDITE, MENSONGES ET VIDEO


Cette vidéo, que notre association rediffuse, est issue du site officiel du Conseil Général du Val d’Oise : valdoise.fr. Nous précisons qu’il ne figure nulle part que ce tournage et cette diffusion, réalisés par les moyens du Conseil Général du Val d’Oise, en libre accès sur son site officiel au moment de notre capture, auraient vocation à diffusion restreinte ou à usage privé, par exemple publicitaire ou promotionnel, ou bien relèveraient d’une autorisation délivrée par Immochan.
A partir du moment où une entreprise privée s’exprime, à l’évidence volontairement, sur un canal public, elle en accepte la diffusion publique et donc les commentaires du public.


Voici donc notre avis montrant bien que, à plusieurs reprises et à plusieurs titres, nous entendons et nous voyons des paroles et des images mensongères dont la direction du groupe Immochan porte l’entière responsabilité. Aujourd’hui, 08 juin 2014, il semble bien que le Conseil Général du Val d’Oise ait pris conscience qu’il relayait une publicité prêtant à polémique puisqu’il a retiré cette vidéo de son site : merci donc à lui de s’être ravisé.


Oui, il est exact que les paroles de Monsieur Christophe Dalstein sont, à plusieurs reprises, mensongères. En voici quelques unes, que nous vous citons avec leur référence en minute et seconde pour vous caler sur le défilement de la vidéo.


Nous écrivons en italiques et en vert les paroles de Monsieur Christophe Dalstein, Directeur Exécutif du projet EuropaCity.
00 : 31 à 00 : 37 les paroles sont mensongères


« C’est une nouvelle destination à l’échelle de l’Ile-de-France, à l’échelle de la Métropole du Grand Paris, qui va voir le jour d’ici 2020 … »


Cette affirmation péremptoire que le projet se réalisera dès 2020 ne rend pas compte des incertitudes qui affectent ce projet, à commencer par la condition suspensive qui a été officiellement exprimée par Immochan : nous ne ferons EuropaCity que si, et quand, nous bénéficierons de la gare prévue en plein champ sur les terres agricoles du Triangle de Gonesse.


L’orateur, Monsieur Christophe Dalstein, Directeur Exécutif du projet EuropaCity, sait que l’obtention de cette condition reste incertaine et que les prévisions de réalisation de la desserte de cette gare hypothétique repoussent le projet au-delà de 2020. Il l’avouera d’ailleurs à plusieurs reprises au cours de cette interview et encore plus précisément à la fin comme nous allons le voir. Nul ne peut exclure que la mention d’assertion mensongère puisse être fondée ici.


00 : 54 à 01 : 09 les paroles sont mensongères


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« C’est … on est … avec des projets d’infrastructures de transport importants … »
Monsieur Christophe Dalstein valide ici, s’il en était besoin, ce que nous venons d’écrire : il s’efforce de laisser croire que son projet est certain et le fait que cette vidéo soit sur le site du Conseil Général du Val d’Oise est ici une tromperie aggravée, un peu comme quelqu’un qui utiliserait un papier ou un sigle officiel pour vendre son produit. De plus, la validation d’un tel projet n’est pas du ressort du Conseil général, c’est la région qui possède la compétence de ce type d’infrastructures. Nous lisons et entendons bien que Monsieur Christophe Dalstein confirme aussi que cet investissement privé entend bénéficier d’investissements publics existants et à venir. Ce qui fonde notre commentaire en gros titre : « comment utiliser les structures publiques pour vendre un projet privé ».


01 : 26 à 01 : 35 les paroles sont mensongères


« Ce projet n’aurait aucune chance de voir le jour s’il n’était pas porté … par toutes les collectivités locales et puis par les représentants de l’État … »
Cette prétention clairement affichée de dépendre des structures publiques nous confirme, s’il en était besoin, qu’il s’agit bien d’un projet privé et qu’il s’agit bien de mobiliser les structures publiques pour le mener à bien. Il s’agit donc bien ici de dire : « comment utiliser les structures publiques pour vendre un projet privé ». Par ailleurs, il n’est pas exact de dire que « toutes les collectivités locales sont pour ce projet » (voir la délibération de la ville de Blanc-Mesnil en mars 2011 sur notre site, voir aussi l’opposition du nouveau maire d’Aulnay-sous-Bois). Quant à l’Etat, il a beaucoup modifié sa position depuis la fin de la présidence Sarkozy et est loin d’être unanime sur le sujet. C’est justement pourquoi la Commission Nationale du Débat public a pris la décision d’organiser un débat 2015, dont personne (y compris Monsieur Christophe Dalstein) n’a à préjuger du résultat.


01 : 55 à 02 : 08 les images aussi sont mensongères


Durant cette séquence ce sont les images, venant à la place de l’interviewé pour renforcer ses dires (c’est un montage postérieur au tournage) qui sont, à l’évidence, trompeuses : comment pratiquer une agriculture avec des arbres et des prairies sur d’immenses dalles de béton en pente où la terre fluera et s’érodera par l’effet conjugué des précipitations mais aussi de l’arrosage (puisque coupée du substrat calcaire) et de la pesanteur ?


Toute personne visionnant cette vidéo sur le site du Conseil Général est fondée à mettre en demeure Immochan de supprimer, immédiatement, cette vidéo puisqu’elle ne mentionne pas que ces maquettes n’ont rien de réaliste ni de contractuel et constituent des promesses flattant l’imagination mais dénuées de toute faisabilité.


Au-delà, il existe plusieurs organismes pouvant être officiellement saisis pour publicité trompeuse et « greenwashing ». C’est d’ailleurs pourquoi il est nécessaire de conserver cette archive. La meilleure façon de la conserver étant de la partager. Et c’est exactement ce que nous faisons actuellement car nous savons bien que le groupe Mulliez est suffisamment riche en France et hors de France pour, nous le voyons encore une fois ici : « tout se permettre puisque tout s’achète … »


02 : 39 à 02 : 48 les chiffres aussi sont mensongers


« On aboutit à un potentiel d’emplois de 11.500 emplois directs non délocalisables lorsque l’équipement aura ouvert ».
Constatons au passage que les 20 000 emplois promis par Monsieur Christophe Dalstein lors de l’exposition à la Maison de l’Architecture le 20 septembre 2012 ont été divisés par deux, suite à la dénonciation par notre collectif de l’impossibilité d’additionner les emplois du chantier – estimés à 10 000 - et ceux d’Europa City après ouverture… Nous avions d’ailleurs lors de la même séance, fait observer devant un parterre d’architectes goguenards que les deux plus grands chantiers actuellement en cours (EPR de Flamanville et ligne LGV Bordeaux-Tours ne généraient qu’environ 3 000 emplois chacun, dont les 2/3 constitués par le personnel permanent des entreprises de BTP soit environ 1 000 postes ouverts au recrutement dans chaque cas).


Sur la seule partie Commerce, constatons que le centre commercial Qwartz qui a ouvert au printemps 2014 à Villeneuve la Garenne, d’une superficie de 86 000 m2 (soit 4 fois moins grand) a généré 1 500 emplois. Nous ne saurons trop conseiller aux auteurs de l’étude Emploi commandée par Immochan (qui n’a jamais été publiée) de revoir leur règle de 3.
Si l’affirmation d’un total de 11 500 emplois, en réalité insensée, continuait à être affirmée comme un fait d’évidence, il deviendrait possible de demander à la société Immochan un engagement ferme et une provision correspondant au risque qu’elle ne tiendrait pas sa promesse, une fois les investissements publics réalisés.


L’exemple de Disneyland est tout à fait instructif sur ce point précis : malgré des milliards d’investissements publics directs et indirects, Disneyland n’a jamais créé l’effectif des emplois qui justifiait toutes ces aides publiques directes et indirectes. Pire : dès qu’un profit risquait d’apparaître, il a été immédiatement absorbé par la « maison mère » américaine au titre de diverses redevances : marque, modèle, droit d’auteur, etc. C’est pourquoi depuis dix ans, le parc est sans cesse déficitaire et accuse une dette de 1,8 milliards d’euros.


Penchons-nous d’ailleurs sur le terme « non délocalisables ». Les auditeurs de cette vidéo connaissent-ils les modalités du recrutement d’EuroDisney dans toute l’Europe ? Cette enseigne démarche des jeunes diplômés au chômage (notamment espagnols, grecs), payés au SMIC, logés sur place, ce qui permet à l’employeur de prétendre qu’il s’agit d’emplois occupés majoritairement par des « locaux ». Ainsi les emplois sont bien « non délocalisables »…. mais les travailleurs, eux, sont délocalisés… Quelle garantie avons-nous d’une politique de recrutement différente du groupe Auchan ?


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Nous observons clairement ici que Monsieur Christophe Dalstein ne propose aucune garantie pour que cette promesse initiale de « de 11 500 emplois directs non délocalisables » soit tenue au moment de la livraison finale de l’équipement. Sur ce point précis, il est effectivement à craindre que les citoyens soient pris pour des imbéciles : à combien Immochan paiera chaque emploi « direct non délocalisable » qu’il promet aujourd’hui afin de bénéficier des aides publiques directes et indirectes si un certain nombre de ces emplois n’était ni créés ni pourvus (de surcroît localement !) une fois l’exploitation en service ?


Le trust familial Mulliez remboursera t’il la gare Triangle de Gonesse - aujourd’hui en plein champ - qu’il demande, les sept kilomètres de voie supplémentaire qu’il veut rajouter à la ligne 17 repoussant ainsi à 2027 le tronçon desservant l’aéroport et dédommagera-t-il les treize ans d’attente des usagers-travailleurs de la ligne privés du terminus leur permettant – enfin ! - d’accéder aux emplois de Roissy ?


Le trust familial Mulliez dédommagera t-il Gonesse et Aulnay-sous-Bois pour avoir refusé de venir réactiver la plate forme déjà totalement équipée mais abandonnée par PSA et pour avoir définitivement stérilisé les 400 hectares de terres agricoles particulièrement fertiles (80 directement et 320 tout autour) ?


03 : 20 à 03 : 53 les paroles sont mensongères


« C’est vital pour un tel équipement d’être puissamment desservi par les transports en commun. Donc notre projet dépend de l’arrivée de ces transports qui, suite aux arbitrages qui ont été pris par l’ensemble des acteurs publics, prévoient l’arrivée des transports publics en 2 étapes : le RER D avec le barreau de Gonesse en 2020 et le métro du Grand Paris, la ligne 17 du Grand Paris qui s’arrêtera dans le Val d’Oise sur le site du Triangle de Gonesse en 2025 ».


Cette dernière séquence contient bien les éléments qui fondent nos deux commentaires : cette vidéo est mensongère et elle nous prend pour des imbéciles.


Observons que, à la fin de cet interview, le calendrier est devenu 2025 pour la gare, laquelle devait précéder, au début de l’interview, la mise en service d’EuropaCity et la création des « 11 500 emplois directs non délocalisables » affirmés dès 2020.


Il semble bien que les transports en commun seront des investissements publics puisque Immochan n’annonce pas qu’elle les financerait. Plus mensonger encore : les arbitrages annoncés n’ont, heureusement, pas encore eu lieu.


La disponibilité de la zone d’activité abandonnée par PSA, en partie sur le territoire de Gonesse et sur le territoire d’Aulnay-sous-Bois, a déjà changé la donne : il sera plus pertinent pour les emplois et pour économiser les fonds publics d’installer la future gare sur ce site et de proposer à Immochan d’y construire EuropaCity. L’artificialisation des sols, les voiries, les dessertes diverses dont d’immenses parkings sont maintenant à réemployer et ce serait moins nuisible à l’environnement. Et plus utile au territoire, puisque la commune de Gonesse est excédentaire en emplois, alors que celle d’Aulnay-sous-Bois est déficitaire et vient de subir une grave crise de désindustrialisation.


Dans ce contexte, il devient peu probable que le surcoût d’une déviation de la ligne 17 pour le bon plaisir d’Immochan ne soit pas revu dans les décisions qui ne pourront d’ailleurs être prises qu’après un débat public et, très probablement maintenant, un avis motivé de la Cour des Comptes. En effet, l’exposé, très vendeur, reconnaissons-le, de Monsieur Christian Dalstein, omet le coût des études qui restent à réaliser pour inventorier les destructions des services écosystémiques offerts par les terres cultivées du Triangle de Gonesse ainsi que pour proposer de les atténuer puis, à défaut, de les compenser.


De ce point de vue, il ne sera pas sans objet de prétendre que d’éventuelles aides publiques, directes et indirectes, au projet d’EuropaCity seront nuisibles à la biodiversité, conformément au rapport du Comité d’Analyse Stratégique. En outre, la poursuite d’une urbanisation continue de l’agglomération parisienne dérogerait à la Charte de l’Environnement du Préambule de notre Constitution ainsi qu’aux lois récemment votées ou en cours de lecture : Allur, LAAAF, Biodiversité.


Notre conclusion :


Aujourd’hui stopper l’étalement urbain, préserver les terres agricoles et tous les services qu’elles rendent aux biens communs que sont l’eau, l’air, le sol, la sécurité alimentaire, le climat est devenu une priorité nationale et européenne.
On ne peut justifier un tel gâchis de ressources en faisant miroiter aux habitants du territoire des perspectives d’emplois artificiellement gonflées, dont l’échéance lointaine et le caractère hypothétique ne peuvent constituer une solution pour les nombreux chômeurs. Et qui ne tiennent pas compte des emplois détruits sous les effets d’une concurrence aggravée.
Ainsi, ce projet d’EuropaCity apparaît bien être bâti sur un modèle dépassé : gaspiller les ressources naturelles et l’argent public, susciter de faux espoirs dans la population, pour enrichir une infime minorité déjà très (trop) riche.


Alain LENNUYEUX Président de l’association
« Collectif pour le Triangle de Gonesse »